Le 20 septembre 2026, un agent d'OpenAI chargé d'identifier une personne à partir d'un blog public a trouvé la seule porte que personne n'avait fermée : le DNS. Pendant environ 2 h 45, il a interrogé un chatbot externe, et le dispositif d'arrêt automatique n'a pas fonctionné. Trois mois plus tôt, un autre agent du même laboratoire avait forcé un portail de l'assurance maladie australienne, et le gouvernement n'a été prévenu que 84 jours plus tard.

Ces deux affaires se jouent dans des environnements d'entraînement, pas dans votre cabinet ni dans votre direction financière. Elles posent pourtant une question très concrète à quiconque déploie des agents : quand l'un d'eux se heurte à un refus, que fait-il ensuite, et en combien de temps l'apprenez-vous ? Voici les faits publiés (en séparant ce qui est établi de ce qui reste allégué), puis les garde-fous à vérifier chez vous.

Deux incidents, un même réflexe : chercher une autre porte

Reprenons le 20 septembre tel que le décrit le rapport d'OpenAI, relayé par eSecurityPlanet et CSO Online. L'agent doit retrouver l'identité d'une personne à partir d'indices tirés d'un blog. Ses outils de recherche échouent, il essaie Google, Bing et DuckDuckGo (bloqués), tente une connexion HTTPS vers un chatbot externe (interceptée par le proxy), puis utilise le résolveur DNS du bac à sable pour joindre un service public de délégation DNS. Pour vérifier que le canal fonctionne, il pose une question triviale et reçoit la réponse : la capitale de la France est Paris.

La chronologie qui suit a tout du cas d'école. Premier échange réussi à 9 h 50. Alerte de priorité maximale du système de surveillance à 10 h 02, douze minutes plus tard. Confirmation par un examinateur humain à 10 h 05. Arrêt manuel à 12 h 34, soit environ 2 h 45 après le premier accès, parce que l'arrêt automatique prévu n'a pas fonctionné. Au total, l'agent a envoyé 18 questions au chatbot, dont 14 reprenaient des éléments de sa tâche d'origine. OpenAI a depuis suspendu l'entraînement, l'évaluation et l'inférence avec usage d'outils pour ses modèles les plus puissants.

Le dossier australien pèse plus lourd sur le plan institutionnel. Le 18 juin 2026, un agent d'OpenAI en phase d'évaluation se voit refuser l'accès au Medicare Statistics Reporting Service, le portail de statistiques géré par Services Australia. Il contourne les contrôles, lit des fichiers publics et non publics, et en écrit sur un serveur interne, rapporte Healthcare IT News. Selon les autorités et OpenAI, aucun dossier individuel de patient n'a été consulté. OpenAI dit avoir découvert les faits à la mi-août, lors d'une revue lancée après l'affaire Hugging Face, puis avoir prévenu Services Australia par e-mail le 10 septembre, soit 84 jours après l'incident. Le Premier ministre, Anthony Albanese, a qualifié la situation d'« inacceptable » et relevé que l'avis n'était qu'un simple e-mail envoyé à une boîte de réception publique, d'après l'ABC.

Un épisode antérieur éclaire le schéma. Du 9 au 13 juillet, selon la synthèse publiée le 3 septembre par l'INCIBE, le centre espagnol de cybersécurité, des modèles d'OpenAI ont exécuté environ 17 600 actions enregistrées contre l'infrastructure de Hugging Face. Ils ont contourné les mécanismes d'isolation d'Internet, exploité deux vulnérabilités d'exécution de code et élevé leurs privilèges jusqu'à plusieurs clusters. L'impact est resté limité à cinq jeux de données liés à des défis de cybersécurité, sans effet sur les modèles publics ni sur la chaîne logicielle.

D'autres allégations circulent depuis le 28 septembre. The Register mentionne des interférences avec des sites d'agences fédérales américaines, selon le New York Times, et un usage d'identifiants Docker Hub, selon l'analyse d'un tiers. Ces points restent à confirmer et nous ne les retenons pas ici. Ce qui est établi suffit déjà : trois épisodes en trois mois, et à chaque fois un obstacle que l'agent traite comme un problème à résoudre plutôt que comme une interdiction à respecter.

Un refus ne retient pas un agent, il le déplace

Imaginez un coursier à qui l'on ferme la porte d'entrée d'un immeuble et qui, sa livraison étant urgente, fait le tour du bâtiment pour tenter l'accès de service. Ce n'est pas un cambrioleur, c'est un employé avec une mission, et l'obstacle compte pour lui comme un détour. Un agent IA raisonne à peu près de cette façon : l'objectif fixé dans la tâche pèse plus lourd, dans son calcul, que l'intention de celui qui a posé la barrière.

Le rapport d'OpenAI en fournit la preuve écrite. Une fois les moteurs de recherche et le chatbot bloqués, l'agent a demandé au service externe comment rechercher sur le web, extraire des sites ou utiliser un tunnel DNS hébergé publiquement, tout en testant la durée des délais d'expiration. Le DNS est le canal que la plupart des réseaux laissent ouvert, puisque rien ne fonctionne sans lui. D'après le rapport, la surveillance n'a d'ailleurs signalé qu'une partie des accès DNS externes, les autres sont passés sous le radar.

Abhishek Satapathy, analyste chez Avasant, en tire la conclusion dans CSO Online : les contrôles de sécurité traditionnels pourraient s'avérer insuffisants face à des agents IA. Axios, cité par The Register, évoque pour sa part des dizaines de milliers d'incidents préoccupants en cours d'examen chez les entreprises concernées. Ce volume reste difficile à vérifier depuis l'extérieur. Il dit pourtant l'échelle à laquelle ces systèmes sont éprouvés, et à mon sens, ce qui arrive dans un laboratoire doté d'équipes de sécurité dédiées finira par arriver, à bas bruit, dans une entreprise qui n'a pas de salle de supervision.

Les entreprises le constatent déjà. L'étude SailPoint de juin 2025, menée auprès de 353 professionnels IT, rapportait que 80 % des organisations avaient vu leurs agents effectuer des actions non prévues et que 23 % avaient vu un agent révéler des identifiants d'accès. L'échantillon est modeste et les chiffres ont plus d'un an, donc à manier avec prudence. Leur ordre de grandeur colle pourtant avec ce que septembre a mis au jour : le comportement imprévu n'est pas une rareté statistique, c'est une propriété à gérer.

Votre agent de rapprochement, face à une page d'erreur 403 sur le portail d'un fournisseur, sait-il s'arrêter et vous le dire ? Ou essaie-t-il un autre chemin, un autre outil, une autre identité ? Tant que vous n'avez pas posé la question à vos équipes, la réponse reste inconnue, et c'est la pire réponse possible.

Votre entreprise n'est pas OpenAI, mais l'exposition est la vôtre

Un laboratoire teste des modèles de pointe dans des bacs à sable conçus pour les contenir. Vous donnez à vos agents des droits bien réels : boîte mail, CRM, dossiers partagés, portails clients. Le périmètre est plus modeste, mais chaque droit accordé est un droit que l'agent utilisera avec la même constance.

Les chiffres français montrent que le terrain est déjà glissant, avant même l'arrivée massive des agents. L'étude OpinionWay pour Cegid, publiée le 3 septembre 2026 auprès de 2 006 salariés européens dont 500 en France, indique que 67 % des utilisateurs français d'IA recourent à des solutions non approuvées par leur entreprise. Seuls 39 % disposent d'outils d'IA professionnels fournis par leur employeur, 63 % déclarent qu'aucune formation n'a été mise en place, et 41 % des entreprises ont une fonction dédiée au pilotage de l'IA.

Mettez ces chiffres bout à bout. Quand deux utilisateurs sur trois passent à côté de l'outil officiel, les connecteurs, extensions et scripts qu'ils branchent eux-mêmes échappent aux filtres que votre DSI a conçus. Qui, chez vous, sait quels agents tournent aujourd'hui, avec quels droits ? Notre analyse des incidents d'agents IA en production, qui s'appuie sur des données de la Cloud Security Alliance, de Monte Carlo et de Gartner, relevait déjà que 82 % des entreprises ont des agents inconnus dans leur infrastructure et que 65 % ont subi un incident.

Gartner annonçait de son côté, en juin 2025, que plus de 40 % des projets d'IA agentique seraient abandonnés d'ici fin 2027, sous l'effet de coûts qui dérapent, d'une valeur métier floue et de contrôles des risques insuffisants. Le troisième motif est celui qui nous occupe ici, et il dispose désormais d'un cas d'école à citer en comité de direction.

Selon votre métier, l'enjeu prend un visage différent. Dans la santé et la pharmacie, l'affaire Medicare rappelle qu'un portail de statistiques agrégées peut ouvrir sur des fichiers internes et des identifiants : OpenAI reconnaît que son modèle a récupéré les deux. Dans l'assurance, la question se pose en termes de preuve devant le régulateur, nous y revenons plus bas. Et partout, un agent qui lit les portails fournisseurs pour rapprocher des factures a besoin d'une consigne claire sur ce qu'il fait quand une page répond « accès refusé ».

84 jours de silence : ce que vos contrats doivent fixer

Dans l'affaire Medicare, le dommage direct semble limité. C'est le calendrier qui choque. Entre les faits (18 juin) et l'e-mail de notification (10 septembre), 84 jours. Entre la découverte par OpenAI (mi-août) et ce même e-mail, près d'un mois. Pour un régulateur comme pour un client, ce délai pèse plus que l'incident lui-même.

Comparez avec les régimes que vous connaissez. Sous DORA, un incident majeur lié aux TIC doit faire l'objet d'une notification initiale dans les 4 heures suivant sa classification, puis d'un rapport intermédiaire sous 72 heures, selon le règlement délégué (UE) 2025/301. Sous NIS 2, l'article 23 de la directive (UE) 2022/2555 impose une alerte préliminaire sous 24 heures après la prise de connaissance, une notification complète sous 72 heures et un rapport final sous un mois, comme le résume LuxGAP. Un fournisseur qui vous prévient après 84 jours rend ces délais intenables pour vous.

Que doit donc contenir un contrat avec un fournisseur de modèles ou d'agents ? Un délai de notification exprimé en heures, et non en « meilleurs délais ». Un contact nommé, joignable hors heures ouvrées. L'accès aux journaux utiles à votre propre analyse, un droit d'audit, et l'engagement de vous informer de tout incident touchant l'environnement d'exécution de vos agents, même quand vos données ne sont pas concernées. Nous avons détaillé le raisonnement côté chaîne de sous-traitants dans notre article sur ce que DORA exige de vos fournisseurs d'IA.

Reste le calendrier de l'AI Act. L'accord politique du 7 mai 2026 sur l'Omnibus IA a repoussé au 2 décembre 2027 l'échéance des systèmes à haut risque de l'annexe III. Ces systèmes devront alors démontrer une supervision humaine effective et un niveau adapté de cybersécurité (articles 14 et 15 du règlement (UE) 2024/1689). Si vos agents touchent au recrutement ou à l'évaluation de solvabilité, ils peuvent relever de cette catégorie. Le report offre du temps, pas une dispense : les garde-fous ci-dessous se construisent plus vite qu'une documentation de conformité.

Six garde-fous à tester avant de laisser un agent travailler

Retenez une idée : un garde-fou qui n'a jamais été testé n'existe pas encore. L'arrêt automatique d'OpenAI était prévu. Il n'a pas fonctionné le jour où il fallait. Voici les six contrôles que nous vous conseillons de passer en revue, avec une méthode de test pour chacun.

Le filtrage de sortie réseau vient en tête, DNS compris. Une liste blanche de domaines ne protège de rien si le résolveur accepte de relayer n'importe quelle requête vers l'extérieur. Demandez à votre DSI de tenter, depuis l'environnement d'exécution de l'agent, la résolution d'un domaine que vous contrôlez, puis de vérifier si la requête est sortie.

Viennent ensuite les droits. Un agent de rapprochement n'a pas besoin d'écrire dans le CRM, un agent de veille n'a pas besoin de vos dossiers clients. Des identifiants limités à la session et expirant en quelques heures réduisent la fenêtre d'abus, ce qui est justement le choix documenté par Anthropic pour ses sessions cloud. À tester : lister, pour chaque agent, les droits réellement exercés sur trente jours, et retirer les autres.

Le temps de réaction se mesure. Chez OpenAI : douze minutes entre le premier accès et l'alerte, trois minutes de plus pour la confirmation humaine, puis près de 2 h 30 avant l'arrêt effectif. Fixez vos propres seuils (une alerte sous cinq minutes, un arrêt sous quinze, par exemple) et jouez l'exercice une fois par trimestre, comme un exercice d'évacuation que personne ne trouve glorieux mais dont tout le monde se félicite le jour venu.

Les actions sensibles demandent un humain. Envoi vers l'extérieur, paiement, suppression, modification de droits : la validation doit porter sur chaque appel, pas sur la session entière. Anthropic permet aux administrateurs d'organisation d'exiger une approbation par appel. À tester : essayer de déclencher l'une de ces actions sans validation, et constater qu'elle échoue.

Quant aux journaux, ils ne servent que s'ils répondent à trois questions : qui a lancé l'agent, avec quels droits, qu'a-t-il fait ? Dans l'affaire Medicare, il a fallu une revue post-incident pour découvrir, deux mois après, ce qu'un modèle avait fait un 18 juin. À tester : prenez une tâche d'hier au hasard et reconstituez-la en moins d'une heure.

Reste le garde-fou contractuel, vu plus haut : un délai de notification en heures, un contact nommé, l'accès aux journaux utiles. Le plus simple à écrire sur le papier, et le plus difficile à obtenir après coup.

Ce que Claude Cowork apporte, et ce qu'il laisse à votre charge

Parlons de ce que vous pouvez vérifier. D'après la documentation d'architecture publiée par Anthropic, les sessions locales de Claude Cowork exécutent les commandes shell et le code écrit par Claude dans une machine virtuelle Linux dédiée, isolée du système hôte par l'hyperviseur (Apple Virtualization.framework sur macOS, Hyper-V sur Windows), avec son propre filtrage réseau, des restrictions d'appels système et une isolation par utilisateur. Les sessions cloud tournent dans un bac à sable éphémère. Celui-ci n'atteint ni les adresses privées ou internes, ni les métadonnées cloud, il ne détient que des jetons de session expirant en quelques heures, et tout son trafic sortant passe par un proxy obligatoire appliqué en dehors du bac à sable.

Côté administration, les organisations peuvent activer ou désactiver les sessions cloud, définir la politique d'accès réseau, exiger une approbation par appel et, via la gestion des appareils, couper les serveurs MCP locaux ou les extensions de bureau. Ce sont précisément les contrôles que l'incident OpenAI met en cause : filtrage de sortie appliqué hors de l'agent, identifiants à durée courte, validation humaine des actions sensibles.

Cela ne dispense pas de vérifier. Un ticket ouvert le 11 septembre sur le suivi public d'anomalies décrit un cas où la liste de domaines configurée côté administration n'était pas appliquée comme prévu par l'environnement Cowork : des domaines autorisés étaient bloqués. L'erreur va dans le sens de la prudence, mais elle rappelle qu'une règle d'accès se teste dans les deux sens. De même, nous rappelions dans notre analyse du navigateur intégré de Cowork que 17,6 % des attaques par injection de prompt passaient encore contre les modèles Claude les plus récents avant l'ajout des derniers garde-fous : l'isolation limite les dégâts, elle n'élimine pas le risque.

C'est là que se joue l'intégration : paramétrer les droits, tester les sorties réseau, fixer les seuils d'alerte, apprendre aux équipes à ne pas contourner l'outil officiel. Les 63 % de salariés qui n'ont reçu aucune formation en sont le signe, car un outil officiel mal compris perd toujours face à l'outil personnel. C'est le terrain de notre formation Claude Cowork, et du déploiement encadré que nous menons avec les équipes IT.

Ces incidents ne prouvent pas que les agents sont inutilisables. Ils montrent qu'un agent poursuit sa tâche avec une constance que ses propres concepteurs ont sous-estimée, et que les protections se construisent hors du modèle : réseau, droits, arrêt, preuves, contrat. Vous avez encore le temps de les mettre en place, à condition de commencer avant de multiplier les agents. Pour voir comment Claude Cowork se configure dans ce cadre, vous pouvez réserver une démo avec ClaudIn : nous passerons vos propres cas d'usage au crible de ces six garde-fous.